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Projet de loi-cadre sur la politique d'intégration

La politique d’intégration : une priorité nationale aujourd’hui, une loi-cadre en 2008 et une collaboration à tous les niveaux dès 2010

Par Didier Burkhalter, conseiller national (PRD/NE), vice-président du Groupe radical-libéral de l’Assemblée fédérale

1. Introduction
Notre vision politique : donner la priorité à une véritable stratégie nationale d’intégration, disposer pour cela d’une loi-cadre en 2008 et concrétiser une collaboration à tous les niveaux dès 2010 (Confédération, cantons et communes, mais aussi Etat et société).

Une stratégie nationale signifie que l’on se donne des objectifs, des principes et des moyens pour l’ensemble du territoire, que l’on étend et développe ce qui a fait ses preuves par ailleurs. On va donc beaucoup plus loin que le « patchwork » actuel qui voit d’énormes différences d’engagements entre les cantons ou les communes.

L’instrument de base de cette stratégie nationale doit être une loi-cadre fédérale sur l’intégration. Une loi, parce qu’il s’agit d’une priorité politique et que tout élément de cette importance doit être démocratiquement décidé et fixé dans un texte fondamental. Une loi-cadre, parce qu’il s’agit précisément de fixer un cadre général qui, à la fois, détermine et favorise les actions concrètes sur le terrain local. Une loi-cadre fédérale, car il en va de l’avenir de l’ensemble du pays et non seulement de quelques-unes de ses régions.
L’idée de cette loi-cadre remonte à près de deux ans. Nous avons déposé le postulat 05.3774 en décembre 2005, pour demander, deux éléments :
-        un rapport faisant l’inventaire et, surtout, l’évaluation de l’ensemble des mesures d’intégration des étrangers dans le pays ;
-        une étude de l’opportunité d’une loi-cadre fédérale pour promouvoir les meilleures de ces mesures.
Le Conseil fédéral s’y est opposé. Mais en août 2006, l’assemblée des délégués du PRD suisse approuvait le principe de la loi-cadre. Nous avons alors déposé au Conseil des Etats un texte plus contraignant : la motion 06.3445 (Schiesser), qui – contre l’avis du Conseil fédéral à nouveau – a été approuvée par la Chambre des Cantons le 21 mars 2007.
Il était prévu d’en débattre au Conseil national lors de cette session de septembre/octobre ; mais la commission compétente du CN (CIP-N) a décidé de manière étonnante de se donner encore du temps de réflexion.

A notre sens, cette décision n’est ni justifiée, ni bonne. Nous souhaitons cependant réagir de manière constructive et proposons donc, pour nourrir et accélérer le débat, un projet entièrement rédigé de loi-cadre fédérale sur l’intégration.

2. Présentation du projet de loi-cadre
2.1. Chapitre 1 : des dispositions générales qui marquent une volonté d’équilibres
Il s’agit là des bases de la politique d’intégration.
Ce qui est d’abord nouveau, c’est une véritable stratégie suisse d’intégration, avec des standards d’intégration sur tout le territoire (à préciser dans des ordonnances), avec des moyens accrus, avec une répartition des tâches entre Confédération, cantons et communes, ainsi qu’avec une évaluation de la qualité et des résultats.
Ce qui est aussi nouveau : le fondement, la motivation profonde de cette politique n’est plus seulement de réparer quelques dégâts liés aux échecs de l’intégration (ou de la non-intégration) passée ; il s’agit d’agir en amont, d’investir dans les potentiels et les chances de l’intégration.
Les objectifs principaux de la politique nationale d’intégration sont la sécurité et la prospérité. Il s’agit de cohabiter de manière pacifique et, en favorisant l’égalité des chances, de sortir le meilleur de chaque individu dans ce pays.
Les principes d’intégration visent en fait une série d’équilibres :
-        encourager et imposer ;
-        des droits et des devoirs ;
-        la volonté des migrants de s’intégrer et la capacité des autochtones à s’ouvrir aux autres ;
-        l’intervention de l’Etat (dans les structures existantes liées à l’école, au travail, à la santé, à la vie civique, etc.) et celle de la société civile (par l’intermédiaire des associations).

2.2. Chapitre 2 : des devoirs d’intégration clarifiés
La contribution des migrants doit être précisée plus clairement en Suisse : il y a un devoir de s’adapter à la vie dans notre pays. Cela ne s’arrête pas à la seule connaissance de la langue, mais il s’agit aussi de respecter l’Etat de droit et les valeurs démocratiques.
L’instrument pratique de la convention d’intégration est un outil à disposition. Il doit être individuel et il n’est de loin pas systématique.
Enfin, la politique nationale d’intégration doit permettre de reconnaître les réussites et de sanctionner les échecs.

2.3. Chapitre 3 : des missions étendues et coordonnées
Le premier rôle de la Confédération consiste à fixer des standards nationaux, de contrôler et d’évaluer les mesures prises et de les optimiser. Il doit y avoir un monitoring de la politique nationale d’intégration et ce monitoring doit être régulier et public.
L’intégration commence dès la première heure. Ainsi, l’information et l’accueil doivent être systématiques (standards nationaux et application locale). Une information doit être prévue par la Confédération déjà dans les pays d’origine des migrants.
De nombreuses mesures doivent être prises localement afin de favoriser l’égalité des chances dès la naissance (conseils aux parents, prévention santé, prise en charge des enfants, scolarisation précoce). A cela s’ajoutent des efforts supplémentaires pour l’insertion professionnelle, pour la lutte contre les discriminations (notamment à l’égard des femmes). Une offre de cours suffisante doit être développée dans les domaines les plus utiles (langues et intégration au sens large).
La coordination de toute la politique d’intégration doit être menée au niveau fédéral. Toutefois, afin de tenir compte de l’importance du lien avec l’application concrète sur le terrain, on devrait étudier l’idée d’un organe de pilotage national renforcé par un délégué cantonal et un délégué des villes à l’intégration. Une telle structure permettrait également de mieux tenir compte des problématiques spécifiques aux grandes régions urbaines.
Enfin, le public doit être informé largement et de manière transparente sur la politique nationale d’intégration ainsi que sur ses résultats.

2.4. Chapitre 4 : des moyens financiers renforcés et considérés comme des investissements
En termes de financement, les mesures d’intégration dès l’arrivée en Suisse doivent relever de la Confédération, alors que les cantons doivent prendre en charge celles qui sont prises dès la naissance dans notre pays.
La Confédération et les cantons sont encouragés à soutenir les projets d’intégration de la société civile (notamment par le sport) ; mais il faut procéder à une évaluation constante et orienter les moyens en fonction de l’efficacité.
La loi consacre le principe de la participation des bénéficiaires des mesures d’intégration (en fonction de leurs moyens).
A terme, les moyens annuels de la politique d’intégration au niveau fédéral peuvent être estimés à environ 50 millions de francs. Concrètement, on peut imaginer de les financer par une réorientation des moyens du secteur de la politique d’asile vers le secteur de la politique d’intégration. De plus, il faut considérer ces moyens comme des investissements permettant de réduire les interventions et les coûts (financiers et humains) liés aux échecs de l’intégration.

2.5. Chapitre 5 : des dispositions finales et un agenda
Les dispositions finales prévoient évidemment que cette loi serait soumise au référendum facultatif.
Par ailleurs, on peut imaginer l’agenda idéal de sa mise en vigueur. Il s’agirait en fait d’un des chantiers principaux de la prochaine législature 2008-2011. S’il y a une réelle volonté politique (du Conseil fédéral ou du Parlement), une consultation pourrait être lancée dès l’année prochaine et l’entrée en vigueur pourrait être envisagée dès 2010.
DB/9 septembre 2011